Letra de Confessions d'un malandrin
Je passe les cheveux fous dans vos villages La tête comme embrasée d'un phare qu'on allume Aux vents soumis je chante des orages Aux champs labourés la nuit des plagesLes arbres voient la lame de mon visage Où glisse la souillure des injures Je dis au vent l'histoire de ma chevelure Qui m'habille et me rassureJe revois l'étang, de mon enfance Où les roseaux et toutes les mousses dansent Et tous les miens qui n'ont pas eu la chance D'avoir un fils sans espéranceMais ils m'aiment comme ils aiment la terre Ingrate à leurs souffrances à leur misère Si quelqu'un me salissait de reproches Ils montreraient la pointe de leur piochePaysans pauvres mes père et mère Attachés à la boue de cette terre Craignant les seigneurs et leurs colères Pauvres parents qui n'êtes même pas fiersD'avoir un fils poète qui se promène Dont on parle chez les rois et chez les reines Qui dans des escarpins vernis et sages Blesse ses pieds larges et son courageMais survivent en moi comme lumière Les ruses d'un voyou de basse terre Devant l'enseigne d'une boucherie campagnarde Je pense aux chevaux morts mes camaradesEt si je vois traîner un fiacre Jaillit d'un passé que le temps frappe Je me revois aux noces de campagne Parmi les chairs brulées des paysannesJ'aime encore ma terre, bien qu'affligée De troupes avares et sévères C'est le cri sale des porcs que je préfère À tous les discours qui m'indiffèrentJe suis malade d'enfance et de sourires De frais crépuscules passés sans rien dire Je crois voir les arbres qui s'étirent Se réchauffer puis s'endormirAu nid qui cache la couve toute neuve J'irai poser ma main devenue blanche Mais l'effort sera toujours le même Et aussi dure encore, la vieille ÉcorceEt toi le grand chien de mes promenades Enroué, aveugle et bien malade Tu tournes la queue basse dans la ferme Sans savoir qui entre ou qui t'enfermeIl me reste des souvenirs qui saignent De larcins de pain dans la luzerne Et toi et moi mangions comme deux frères Chien et enfant se partageant la terreJe suis toujours le même Le sang, les désirs, les mêmes haines Sur ce tapis de mots qui se déroule Je pourrais jeter mon coeur à vos poulesBonne nuit faucille de la lune Brillante dans les blés qui te font brune De ma fenêtre j'aboie des mots que j'aime Quand dans le ciel je te vois pleineLa nuit semble si claire Qu'on aimerait bien mourir pour se distraire Qu'importe si mon esprit bat la campagne Et qu'on montre du doigt mon idéalCheval presque mort et débonnaire À ton galop sans hâte et sans mystère J'apprends comme d'un maître solitaire À chanter toutes les joies de la terreDe ma tête comme d'une grappe mure Coule le vin chaud de ma chevelure De mon sang sur une immense voile pure Je veux écrire les rêves des nuits futures